Voir aussi
Une hausse de taux peut-elle se transformer en vente massive de devise ? La Banque centrale européenne vient d’en apporter la preuve. La banque centrale a relevé le taux de dépôt de 25 pb à 2,5%, resserrant les conditions financières, mais elle n’a pas signalé la poursuite du cycle. Les haussiers sur l’euro avaient parié sur ce signal, et leur déception s’est traduite par des ventes de EUR/USD. C’est l’illustration parfaite du schéma « acheter la rumeur, vendre la nouvelle ». Le rallye du Brent est venu ajouter de l’huile sur le feu.
La formulation de la décision est délibérément neutre : le Conseil des gouverneurs préserve sa capacité à réagir à l’incertitude liée au conflit et ne prend aucun engagement préalable sur la trajectoire des taux. Autrement dit, toutes les options restent ouvertes. Lagarde s’efforcera probablement de maintenir cette part d’incertitude lors de la conférence de presse.
Les nouvelles projections révèlent toutefois la véritable position de la banque centrale. La BCE a relevé sa prévision d’inflation pour 2027 à 2,5 % contre 2,3 % et pour 2028 à 2,1 % contre 2,0 %. La banque indique explicitement que l’inflation restera au-dessus de sa cible « pendant une période prolongée ». Dans le même temps, elle a relevé sa prévision de croissance du PIB pour 2027 à 1,4 % contre 1,2 %.
Les marchés monétaires avaient déjà intégré une grande partie de ces nuances. Les rendements à court terme ont de nouveau dépassé 3 %, et les contrats à terme Euribor intègrent désormais pleinement deux nouvelles hausses en février et juillet 2027, pour un taux terminal autour de 3 %. Comme le souligne Bloomberg Intelligence, un resserrement paraissait inévitable. La question la plus importante était de savoir si la BCE conserverait un ton offensif (hawkish) dans un contexte de débat sur les effets de second tour et les anticipations d’inflation. À en juger par la réaction de l’euro, le marché a jugé la réponse insuffisamment hawkish.
Cela dit, la décision de septembre ne clôt pas le dossier. La conférence de presse de Christine Lagarde et la prochaine publication de l’inflation américaine peuvent encore changer la donne, même s’il est peu probable que la présidente de la BCE adopte aujourd’hui un ton ouvertement agressif.
Le Brent a dépassé 102 $/baril, prolongeant son rallye au-dessus du seuil des trois chiffres pour la première fois depuis juillet. La reprise des hostilités a mis fin à une brève accalmie, et la perspective d’un conflit prolongé alimente les craintes d’inflation énergétique. Les prix du gaz et du diesel augmentent également. L’Iran a déclaré qu’il ne céderait pas face au blocus naval américain et qu’il intensifierait ses frappes en réponse aux nouvelles attaques. Dans le même temps, Donald Trump a déclaré ouvertement que la guerre ne se terminerait pas avant les élections de mi‑mandat de novembre et qu’il ne fallait pas s’attendre à un recul notable des prix de l’essence avant cette échéance. L’affrontement dure désormais depuis sept mois sans qu’une issue ne se profile.
L’euro semble désormais pris en otage par deux facteurs — le ton neutre de Francfort et le prix du baril. Lequel fera bouger les lignes en premier ?
D’un point de vue technique, le graphique journalier montre qu’une pin-bar s’est formée. Des positions vendeuses ouvertes à partir de 1,164 auraient pu être renforcées lors d’une cassure en dessous de son plus bas à 1,162.